La Face cachée de la Renaissance

L’art de l’ornementation, chant Byzantin, chant ecclésiastique latin, chant Corse traditionne

Ce programme révèle un aspect musical du XVIe siècle, aujourd’hui absent de notre imaginaire « Renaissance »,  au travers de trois grands répertoires : le chant byzantin, la monodie ecclésiastique latine des XVe et XVIe siècles et le chant corse de tradition orale. Ces répertoires illustrent un savoir faire musical bien antérieur au XVIe siècle et dont la dynamique repose sur l’art de l’ornementation, ce qui, dans bien des cas, confère encore à ces musiques une saveur toute contemporaine.

Dans l’acte du chant, tel qu’il apparaît dans les musiques antérieures au XIXe siècle, les durées et l’ornementation font partie d’une même réalité, il s’agit en fait d’aspects différents d’un même processus. Une durée n’est pas un phénomène statique mais l’expression d’un dynamisme interne à la production du son par la voix. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la véritable nature des ornements. Ils sont, en définitive, l’expression extériorisée de ce mouvement intérieur qui sous-tend toute durée, qui frémit constamment à l’intérieur de l’interprète et qui à certains moments, lorsque la pression interne se fait trop forte, jaillit à l’extérieur pour souligner et mettre en valeur les méandres du discours musical. Ce jaillissement on l’appelait la fleur harmonique. Harmonique, car ce jaillissement se manifeste à l’intérieur des proportions de durées qui façonnent le déploiement mélodique. Fleur, car ces ornements constituent la beauté du chant, l’aboutissement du flux substantiel – la sève pneumatique – qui irrigue l’acte cantoral, fleur également car l’ornement féconde le chant et porte en lui la graine qui fait de l’interprète l’artisan d’un acte créateur.

Pour illustrer ce phénomène, l’ensemble Organum propose un programme qui présente différents éléments qui constituent la base de l’art de l’ornementation – la lecture des textes sacrés, la psalmodie ornée, l’organum vocal – aux travers de trois grands répertoires qui nous révèlent la permanence de ce phénomène : Le chant byzantin, le chant ecclésiastique latin et le chant corse de tradition orale.

L’ornement est ce qui exprime le savoir-faire et donc la légitimité d’un chantre. Car l’ornement, est avant tout au service du texte, dont il met en relief les incises, les périodes. Il permet de souligner les articulations syllabiques en attirant l’attention des auditeurs sur les sonorités complexes des mots : les diphtongues, les liquescences, la percussion de certaines consonnes importantes pour la compréhension du mot. L’art de l’ornementation, dûment maîtrisé, ouvre les esprits aux multiples résonances du texte qui est proféré, car chaque mot est ciselé, sculpté comme peut l’être une pierre précieuse dans laquelle chaque entaille, en reflétant les rayons qu’elle reçoit, projette les scintillements de la lumière.

 

Marcel Pérès, « Les voix du plain-chant » ; Desclée de Brouwer 2001

Marcel Pérès

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