Contemplation

Contemplation

18.00 

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Répertoire : Contemplation

Œuvre pour orgue de Marcel Pérès sur des textes extraits du Livre des Morts des Anciens Égyptiens

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Traduction de Grégoire Kolpaktchy ; Les Éditions de l’« Omnium Littéraire » 1973

Contemplation est une œuvre singulière. Elle est née de l’écoute attentive d’un des plus vieux écrits de l’humanité, un ensemble de textes, composés il y a plus de 4 000 ans, que l’on appelle, depuis 1842 après Jésus-Christ, « le livre des morts » des anciens Égyptiens mais dont le titre original fait référence à un acte de passage : « Sortir au jour ».

Il ne s’agit pas d’un livre au sens moderne du mot, aucun exemplaire complet n’a été conservé et il semble qu’il n’en ait pas vraiment existé. Ce sont plutôt des textes reliés entre eux par la fonction dont ils sont le signe. Il s’agit d’accompagner le défunt dans le complexe processus de transformation de la conscience qui s’opère après la mort physique.

La religion égyptienne était une science de l’au-delà, qui, comme toutes les sciences, reposaient d’abord sur l’observation. La distinction – qui aujourd’hui nous semble fondamentale – entre ce qui serait matériel et ce qui serait spirituel, n’existait pas pour eux. Dans leur perception du monde, tout est en relation, tout est fluide. L’intérieur ou l’extérieur ne sont que des notions éphémères liées au positionnement momentané de celui qui observe. La conscience serait donc ce point infime, dans le déroulement du temps, où celui qui vit jouit de la sensation d’être. Lorsque survient la mort physique, toutes les substances qui constituent le corps commencent instantanément à se transformer. Pour les anciens, il en est de même pour la conscience. S’il n’y a pas une intervention volontaire, tout comme le corps va se déliter dans la matière, la sensation d’être une entité intègre va également se dissoudre dans les espaces infinis des mondes psychiques.

Le défi que tentaient de relever les anciens Égyptiens consistait donc à entraver ce processus. De même que l’art de la momification transforme ou même arrête le processus de la putréfaction, la science de l’au-delà – qui pour eux n’étaient qu’un état différent de ce que nos sens perçoivent de la matière – va accompagner, dans ses diverses métamorphoses, l’énergie qui émane du corps après que celui-ci eût cessé de fonctionner.

Les textes du livre des morts ne s’inscrivent pas dans un déroulement comme le ferait un livre moderne, ce sont plutôt des formules incantatoires à connaître par cœur car elles expriment des attitudes à adopter lorsque surgissent les situations particulières que le défunt doit assumer.

Il ne s’agit pas de croyances magiques, au sens naïf du terme, mais ces textes, pratiqués durant la vie terrestre, avaient pour fonction de façonner le sentiment d’être de manière à ce que, lorsque la conscience se trouve détachée du corps, immergée dans des mondes régis par d’autres lois que celles soumises au déroulement du temps, s’opère naturellement un réajustement du sentiment d’être.

La conscience se trouve alors confrontée à sa propre mémoire. Jeux de miroirs où se reflète l’intégralité de ce que fut la vie défunte. Miroir de soi, miroir du cosmos qui se diffuse dans l’étincelle de conscience qui progressivement se détache de son support matériel. Les frontières entre soi et l’autre, délimitées par le corps n’existent plus. L’être devient totalement perméable aux forces qui animent l’univers. Seul ce que le défunt pourra puiser dans les ressources de sa mémoire le préservera de la dissolution et de l’oubli; la deuxième mort.

S’estompe alors le temps mécanique, celui des rythmes naturels soumis à la pesanteur et à l’attraction des corps célestes. Dorénavant, seules règnent les réalités spirituelles entrevues durant la vie terrestre dans l’expérience du temps psychique non soumis au déploiement linéaire de l’avant vers l’après. S’il réussit ce passage, « Celui qui marche en avant et dont le nom est un mystère », ayant dissout l’illusion d’un temps fragmenté, accède à la plénitude de l’être conscient.

 

Pour ceux qui veulent en savoir un peu plus :

L’œuvre pour orgue

J’ai composé Contemplation assez rapidement, entre janvier et avril 1978. Mais cette période fut précédée par un temps beaucoup plus lent, commencé au cours de l’année 1976, pendant lequel j’avais beaucoup pratiqué des exercices destinés à ressentir dans une même sensation l’harmonie des sons, et la géométrie de la lumière. Chaque sens perçoit un état particulier des vibrations matérielles et les transpose en expérience personnelle. L’être reçoit ces informations et les intériorise dans la mémoire immédiate. Mais son domaine est bien différent de celui de la perception immédiate car la conscience profonde, réceptacle du passé et des potentialités de l’être, ne fait qu’effleurer le temps linéaire. Lorsque le son et la lumière apparaissent comme des états différents d’une même vibration de la matière, la musique devient alors réellement lumière et la lumière nous transpose dans des espaces psychiques aux potentialités immenses. La géométrie des sons cisèle l’obscur, énonce l’architecture de la nuit, étincelles de silence, harmoniques de lumière au seuil du temps sans limite.

Par la richesse de ses sonorités, fruit de plus de deux mille ans de réflexion, l’orgue – instrument du souffle qui anime des corps en bois ou en métal et les fait vibrer dans l’espace du temple – est l’outil idéal pour pratiquer ce type d’expérience.

L’écoute attentive du déploiement des sons dans l’espace révèle leurs mouvements internes, scansion de la lente procession du temps, icône vibrante du principe vital qui anime les métamorphoses d’un continuel présent, fruit de la rencontre d’un passé avec son futur. Les techniques de composition employées matérialisent ce processus par les renversements, les développements en miroir, les étirements ou les condensations temporels d’une même ligne mélodique ou d’agrégats harmoniques. Toutes ces techniques initiées en Europe occidentale au cours du XIVe siècle, estompées pendant le XIXe siècles, ont connu, avec l’avènement des musiques sérielles, un déploiement optimal au cours du XXe siècle.

Contemplation doit être abordée comme une icône sonore.

Ce n’est pas vraiment une œuvre pour le concert, elle trouve plutôt son plein épanouissement dans le disque – lui-même processus de momification – qui permet de revenir s’abreuver à ce que fut, à un moment donné, l’espace particulier d’un acte conscient. Cette musique s’est progressivement construite, à mesure que j’intériorisais les textes du livre des morts dans la traduction de Grégoire Kolpaktchy. Certains passages paraissent abscons et rébarbatifs lorsqu’on ignore la religion égyptienne, mais d’autres par leur puissance d’évocation, la profondeur des sentiments humains exprimées, en un mot par leur beauté, nous rendent subitement proches d’hommes pourtant tellement éloignés de nous par leur culture et les temps anciens où ils vécurent. Ce sont ces passages que j’ai choisis pour construire un itinéraire intérieur révélé par le scintillement des sons. Cette œuvre est également le fruit d’une réflexion sur la notation musicale. Pendant presque deux ans elle fut une œuvre conceptuelle. La notation utilisée associait des constructions géométriques à une libre interprétation de l’interprète qui, à la limite, n’avait nul besoin d’exprimer cette œuvre par des sons.

C’était la grande efflorescence des années 70… Puis progressivement s’est imposé le fait que le parcours que j’avais accompli en intériorisant les fluctuations des formes géométriques était vraiment trop personnel et devait, pour être transmis, utiliser un autre moyen de communication. Ce fut la deuxième étape dans laquelle j’élaborais une notation qui, tout en utilisant avec parcimonie l’usage conventionnel, créait des espaces de lecture des textes dans lesquelles les scintillements, l’architecture des sons et leur procession dans le temps pouvaient être révélés par la contemplation de leur symbole graphique.

Dans le langage courant, contempler signifie, observer avec attention. Dans le langage religieux, la contemplation est un degré d’oraison plus avancé que celui de la méditation.

La méditation est l’opération par laquelle la pensée observe un objet qui lui est extérieur pour essayer d’en décrypter les rouages. Dans un autre registre, la contemplation ne concerne pas les capacités discursives. C’est un acte visionnaire dans lequel ce qui est observé vit de sa propre vie, dans le regard intérieur de l’observant. Plus loin encore, si l’on remonte aux origines latines du mot, con-templatio est un acte qui associe l’observant au templum dont le premier sens était l’espace ouvert délimité – à la fois dans le ciel et sur la terre – par un geste coupant de l’augure. Espace à l’intérieur duquel il examine et interprète les présages.

Marcel Pérès

 

Bibliographie

Livre des Morts des Anciens Égyptiens, traduction de Grégoire Kolpaktchy, éditions de l’« Omnium Littéraire » 1973.

Sortir au jour, art égyptien de la Fondation Martin Bodmer, Fondation Martin Bodmer, Cologny, K.G. Saur Verlag, München, 2001.

L’Égypte ancienne et ses dieux, Jean Pierre Corteggianni, dictionnaire illustré, Fayard 2007.

Dictionnaire étymologique de la langue latine, A.Ernout et A. Meillet, Klincksieck 2001

 

Informations Supplémentaires

Poids 0,107 kg

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