Chant dominicain

Les Dominicains, un ordre qui réforma la musique

La célébration du huitième centenaire de la création de l’ordre dominicain, pourrait être l’occasion de donner toutes leurs dimensions aux réformes musicales initiées par les Dominicains, elles reflètent le foisonnement musical de leur temps et permettent de comprendre la véritable nature et la spécificité du chant médiéval occidental.

Le début du XIIIe siècle connut une effervescence culturelle exceptionnelle qui façonna pour de longs siècles l’imaginaire européen. La fondation de l’université ainsi que la création de deux ordres religieux, les Franciscains et les Dominicains, particulièrement adaptés aux enjeux de civilisation qui alors se révélaient, jouèrent un rôle prépondérant dans les développements de la sensibilité et de la pensée. Les Dominicains eurent le souci de rationaliser tous les domaines des connaissances. Vincent de Beauvais composa une encyclopédie, la plus importante du Moyen Âge, Saint Thomas d’Aquin écrivit sa somme théologique, et Jérôme de Moravie consigna dans son traité de musique toutes les connaissances musicales du milieu parisien de son temps. Paris était alors le point de convergence de grandes innovations musicales, elles concernaient la notation des durées et la conceptualisation des polyphonies.

Avec les ordres mendiants un nouveau type de communauté religieuse apparut

 

Les frères pour le besoin de l’étude ou de la prédication devaient souvent voyager, les communautés se trouvèrent ainsi composées d’éléments hétéroclites aux origines diverses. Sous le magistère de Jourdain de Saxe, successeur immédiat de Saint Dominique et maître général de 1222 à 1237, les Dominicains commencèrent à élaborer une réforme du chant liturgique. Jérôme de Moravie, dans son traité de musique, décrivit minutieusement les clés d’interprétation de cette réforme. Pour la première fois dans l’histoire de la musique, se présentent des manuscrits avec une notation spécifique et l’explication précise d’un contemporain sur son interprétation.

 Jérôme de Moravie

Le traité de Jérôme de Moravie nous fait comprendre les différentes évolutions de la musique qui survinrent ensuite, à la fin du Moyen Âge et à la Renaissance, il nous permet aussi d’appréhender ce que d’autres théoriciens avant lui avaient tenté de décrire sur l’interprétation du plain-chant, mais ces auteurs ne disposaient pas des outils intellectuels leur permettant de décrire les phénomènes musicaux relatifs aux durées et à l’ornementation.

Après trente ans de réflexion et d’expérimentations sur ce que révèle le chant dominicain, nous aimerions présenter au public une interprétation qui, nous l’espérons, donnera consistance à ce qu’écrivait en 1850 Charles Edmond de Coussemaker, le premier éditeur du traité de Jérôme de Moravie :

“Quand ce traité sera connu dans toute son étendue, alors seulement on pourra avoir une idée des immenses ressources d’exécution dont le plain-chant disposait au Moyen-Âge pour émouvoir ses auditeurs et faire pénétrer dans les cœurs les sentiments les plus nobles et les plus élevés. Quand on se transporte un instant par l’idée au temps où tout cela existait dans tout son éclat, l’imagination reste éblouie du degré de grandeur, de noblesse et de sublime auquel avait atteint cet art véritablement divin”.

Marcel Pérès

Événements à venir

Il n'y a pas évènements à venir en ce moment.