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Diagonales d’été – Du 17 juillet au 9 août 2026 – Moissac (82) – Occitanie

Chant Mozarabe du 15e siècle et Missa in Nativitate Mariae (Marcel Pérès)

Cette année, Marcel Pérès propose d’étudier simultanément deux répertoires. Le matin sera consacré au chant mozarabe du 15e siècle et l’après midi à sa dernière composition polyphonique, la Missa in Nativitate Mariae. Les deux répertoires se complètent. Le chant mozarabe du 15e siècle concentre en lui l’écho de deux arcanes : celle issue du vieux fond hispanique du 7e siècle et celle inoculée par les chantres franco-flamands du 15e siècle manifeste dans la monodie et la polyphonie.

Marcel Pérès a composé cette messe à partir du plain chant qui apparaît dans les livres de chœur espagnols des 15e et 16e siècles. Le plain-chant est traité selon la technique du Cantus Fractus, manière élégante d’orner le plain chant dont l’exemple le plus abouti se trouve justement dans les livres manuscrits de chant mozarabe de la fin du 15e siècle. Ainsi les étudiants pourront, dans un même élan, englober à la fois le style monodique caractéristique de l’Espagne du Siglo de Oro et sa déclinaison polyphonique au travers d’une œuvre spécialement conçue dans cette perspective.

ToledoChant mozarabe

Le chant mozarabe est l’ancien chant liturgique des églises de la péninsule ibérique. Il fut formé au début de l’évangélisation des provinces de l’Hispania romana et s’affirma sous le règne des Wisigoths (466-711) avec une forte influence des églises d’Afrique du Nord. Il continua à être pratiqué pendant la période musulmane et c’est a cette époque qu’il reçu la dénomination de chant mozarabe, terme qui désignait les chrétiens qui avaient conservé leur foi tout en ayant adopté des modes de vie proches de la culture arabo-berbère.

 Les actions entreprises par les carolingiens au IXe siècle pour implanter la liturgie romaine dans tout l’empire ne produisit aucun effet sur la Péninsule Ibérique, excepté sur les territoires de la Marca Hispanica au nord-est contrôlés par Charlemagne. Toutefois, à la fin du XIe siècle, l’ouverture de la politique des rois de Castille au-delà des Pyrénées modifia la volonté des évêques de maintenir la vieille tradition. C’est ainsi qu’en 1081, lors du concile convoqué à Burgos par le roi Alphonse VI, ils décidèrent de remplacer l’antique chant hispanique par le chant grégorien. Sous l’impulsion des moines de Cluny, et à partir de Moissac, ce répertoire grégorien se répandit dans toute la péninsule dans un mouvement du nord vers le sud, au rythme de la reconquête des territoires occupés par les musulmans. Comme les musiciens de la fin du XIe siècle utilisaient un système de notation  qui n’indiquait pas les intervalles et la tradition orale ayant progressivement disparu, les manuscrits musicaux de cette époque sont pour nous désespérément muets.

Cependant, quelques églises, notamment à Tolède, avaient conservé ce chant en tradition orale. A la fin du XVe siècle, il fut noté grâce à la clairvoyance du cardinal Cisneros. Celui-ci institutionnalisa le rite mozarabe en l’affectant à une chapelle de la cathédrale, celle du Corpus Christi.

Seulement trois manuscrits nous transmettent ce chant de Tolède, deux pour la messe et un pour l’office de vêpres. Ils sont actuellement conservés dans la chapelle mozarabe de la cathédrale de Tolède. La musique est traduite par une notation mensurale de la fin du XVe siècle et donc parfaitement lisible quant au rythme et à la mélodie.

Les manuscrits de Tolède, témoins de l’état de la tradition orale à la fin du XVe siècle, présentent une musique dont les contours mélodiques semblent différer de ceux des manuscrits du XIe siècle. Cependant, des pièces visiblement très marquées par l’esthétique du XVe siècle, en côtoient d’autres, directement issues du vieux fond, qui portent en elles l’écho de l’antique chant des églises d’Afrique.

©D.Viet
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